Gabriel Antoine Joseph HÉCART

Il est né à Valenciennes le 24 mars 1755   
et y est mort le 19 novembre 1838.

      Il est l’un des enfants de Jean-Jacques Hécart et de Marie-Françoise Cogniaque (1), une « honnête famille du pays ».

      Gabriel Antoine Joseph passe toute sa vie dans sa ville natale, et il est, dans ce sens, un pur « produit » de la ville.

    Il n’y a pas de documents connus sur la formation scolaire et l'éducation du jeune Gabriel, les listes des élèves des collèges de Valenciennes manquent, mais, à en juger par ses travaux divers et sa connaissance des lettres, son éducation a dû être l'objet d'un soin particulier.

    Très jeune, il montre des dispositions pour les études : « Il avait reçu de la nature une grande ardeur au travail, un penchant décidé pour les sciences... Il était laborieux, intelligent, doué d'une bonne santé et d'une patience à toute épreuve (sic) ».

    Après ses études, il devient secrétaire d'un fonctionnaire de la ville puis secrétaire de la Mairie de Valenciennes jusqu'à sa retraite en 1832 (à 77 ans !). Il fait preuve d'une grande curiosité intellectuelle. Ce qui l'amène à avoir de multiples centres d'intérêt. L'un de ses domaines de prédilection est l'étude de la flore et de la faune locales ; « le goût le plus dominant d'Hécart, bien qu'il ait embrassé presque toutes les branches des connaissances humaines, était celui des sciences naturelles. La botanique surtout l'occupa longtemps et utilement. Il herborisa avec soin et même avec passion, dans tout le Hainaut français et autrichien (2) (sic) ».

    Sa carrière professionnelle se passe sous le signe des « affaires publiques ». Commis à la direction des fermes avant la Révolution, il est mis en réquisition en 1792 par le district et placé à la tête des bureaux réunis des domaines nationaux et des émigrés. Cette situation semble lui  plaire, puisqu'on le retrouve en 1793 officier municipal lors du renouvellement du serment de fidélité à la République pendant le Blocus. On voit donc qu'il traverse sans encombre les aléas de la Révolution, servant les autorités aussi bien sous l'Ancien Régime que sous les gouvernements qui lui succèdent.

    Les affaires dont il s'occupe sont particulièrement représentatives de l'intérêt qu'il porte à ce qu'on appelle aujourd'hui la « culture » ; en effet, après avoir présidé la commission chargée de distribuer des secours aux parents des défenseurs de la Patrie, il devient membre de la commission d'instruction publique. Deux fonctions qui correspondent très bien au caractère « maçon » qu’il a.

    Secrétaire de la mairie à partir de l'an XI, et ce, jusqu'en 1832, il semble que sa profession lui ait laissé du temps, à la fois pour entreprendre ses longues et nombreuses recherches, et pour s'occuper activement des multiples sociétés auxquelles il appartient ; en l826, en effet, il est secrétaire perpétuel de l'Académie de peinture de Valenciennes, membre de la Société des sciences, commerce et industrie de la même ville (à partir de 1815), de la Société Royale des Antiquaires de France (3), des sociétés d'Arras, Lille, Cambrai ; du cercle littéraire de Lyon et de plusieurs Académies étrangères. En l788, il est, tout comme son frère, d'ailleurs, un des nombreux correspondants du célèbre secrétaire de l'Académie d'Arras, Dubois de Fosseux, ce qui montre que son intérêt pour les lettres et les sciences est de longue date (c'est en tant que naturaliste qu'il écrit à cette Académie).

Il est surtout connu, à Valenciennes, par ses nombreux ouvrages qui font de lui, d'après l'Annuaire statistique du département du Nord de 1839, « le doyen des hommes de lettres du Nord ». Doué d'une puissance de travail exceptionnelle, mais également sans doute d'un certain loisir, il a laissé quelques 17 imprimés et une cinquantaine de manuscrits, selon les Manuscrits de l'auteur, lettre à M. Lerouge, publiée en 1828, nombre difficilement vérifiable, en raison des pertes, qu'il cite lui même (en particulier d'ouvrages écrits avant la Révolution), et de la dispersion de sa bibliothèque à sa mort.

Il s'est principalement consacré à trois domaines privilégiés : les sciences naturelles (et la médecine), les Belles-Lettres et la philosophie, et celui que nous pourrions appeler « des relations publiques ». Et l'on peut constater, d'après son œuvre combien un écrivain de la première moitié du XIXe siècle est tributaire de l'esprit du Siècle des Lumières.

Malgré la diversité des thèmes, il règne une certaine unité : ses écrits se situent dans le cadre de la région et plus précisément de la ville de Valenciennes. Il représente bien le type du chercheur local passionné par l'histoire de sa ville, ses particularités mais aussi de plein pied dans son époque ; ses travaux, qui ont nécessité des recherches très assidues (ainsi la Florula Hannoniensis ou le Dictionnaire Rouchi), se présentent sous la forme d'ouvrages de référence, peu d'ouvrages d'« inspiration » ou de  littérature : c'est avant tout un chercheur. Il admet d'ailleurs lui-même que son style n'est pas extraordinaire... Il entreprend ces recherches dans un but essentiellement pratique : ses livres se présentent sous la forme de tableaux, de catalogues (sur la flore et la faune hennuyères, sur le théâtre de Valenciennes...) ou de dictionnaires (le Rouchi, les dictionnaires d'anagrammes...). Ils se veulent véritablement ouvrages de référence : voici son commentaire sur son Tableau de la culture de toutes les plantes tant indigènes qu'étrangères : « Cet ouvrage qui ne devait avoir qu'un seul volume in-8° afin qu'il fût à la portée de tous les jardiniers, et à un prix modique, renfermait tout ce qu'il est utile de savoir sur cette matière ». C'est un peu cet état d'esprit qui a présidé la plupart de ses écrits.

C'est aux sciences naturelles, et plus spécialement à la botanique, qu’il consacre la plus grande partie de son œuvre : dix ouvrages ont ce thème pour sujet, et les quatre plus importants ont été publiés. Il donne une description et une exposition de la flore du Hainaut, du mode de culture des différentes plantes. De même, pour aider à la compréhension et donc dans le but finalement de faciliter les recherches, il fait une Table alphabétique des planches de botanique composant les dix centuries de l'Encyclopédie méthodique en 1811.

Son second domaine de prédilection est la littérature et les Beaux-Arts, le tout mêlé à l'histoire. Prenant toujours pour cadre sa chère ville natale, il s'intéresse particulièrement au théâtre, des origines jusqu'au XVIIIe siècle, ne se penchant pas seulement sur les grands noms mais aussi sur des aspects peu connus, qui peuvent sembler des anecdotes mais qui montrent en fait qu’il balaie un champ assez large de l'histoire de sa ville. Il semble par là encore fils des Lumières.

Après s'être intéressé aux grands noms de la littérature hennuyère (il a aussi rédigé une Notice sur Jean Molinet), il s'occupe également des parlers locaux, du patois. Son Dictionnaire rouchi-français (le rouchi étant le patois de la région), est conçu dans la perspective de montrer que la langue française, dont certains déplorent la pauvreté, pourrait s'enrichir de façon tout à fait bénéfique de mots patois.

Dans un esprit également de maniement de la langue, il se plait, un peu par jeu, à écrire des recueils d'anagrammes et autres jeux de mots. De même s'intéressant aux lettres anciennes (ce qui prouve aussi sa formation), il rédige une Notice sur les traductions françaises du Manuel d'Epictète en 1826.

Il est un domaine, enfin, dans lequel il excelle : c'est celui de la vie de la ville et de ses habitants. Secrétaire de mairie, grand connaisseur de la ville du point de vue historique, littéraire, mais aussi du point de vue de ses habitants contemporains, il écrit un certain nombre de biographies d'hommes célèbres (Éloge historique de Lestiboudois ; Portraits de quelques officiers municipaux de l'époque en 1793, et surtout Biographie valenciennoise, en 1823), ou d'hommes moins connus (Stultitiana...). Son active participation au Journal des Académies, continué par les Petites Affiches prouve également son grand intérêt pour les affaires contemporaines et la vie de sa ville.

Une constante, cependant, de sa personnalité, c'est son caractère quelque peu « caché », son goût pour le mystère. Lui viendrait-il de la franc-maçonnerie ? ou le contraire ? Toujours est-il que l'on constate que son œuvre n'est pas, de façon très générale, signée. Qu'il ait tenu à taire son nom pour ses écrits maçonniques se comprend aisément en ces temps qui ne sont pas les meilleurs pour la Franc-Maçonnerie (depuis la fin de l'Empire). Mais le plus intéressant est qu'il garde cet anonymat dans le cadre de ses travaux « profanes » ; la plupart de ses livres sont, en effet, signés « G. A. J. H. * * * , jusqu'au Dictionnaire rouchi 3e édition dont il est si fier... Même dans le petit fascicule destiné à faire connaître tous ses ouvrages manuscrits, il ne donne pas davantage son nom : « Manuscrits de l'auteur... ».

Il fait don de son fonds littéraire à la Bibliothèque de Valenciennes. Ses différents ouvrages sont consultables sur place, en particulier la manuscrit de la 4e édition de son dictionnaire rouchi-français qu’il n’a pas eu le temps de faire imprimer ; ce manuscrit à lui seul ne constitue pas le dictionnaire entier, il ne contient que les corrections et les ajouts à apporter à celui de la 3e édition. Il faut donc faire une compilation des deux, ce qui est en train de se réaliser.

    1. - D'après A. Dinaux. Les parents de Gabriel, Jean-Jacques Hécart et Marie-Françoise Cogniaque, s'étaient mariés à Valenciennes le 3 septembre 1737.

    2. - La Belgique était, jusqu'à la Révolution française, sous domination autrichienne.

    3 - Elle a pour but l’étude de la civilisation des Gaulois, de l’histoire et de l’archéologie françaises.