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Gabriel
Antoine Joseph HÉCART Il est né
à Valenciennes le 24 mars 1755 Il est l’un des enfants de Jean-Jacques Hécart et de Marie-Françoise Cogniaque (1), une « honnête famille du pays ». Gabriel Antoine Joseph passe toute sa vie dans sa ville natale, et il est, dans ce sens, un pur « produit » de la ville.
Il n’y a pas de
documents connus sur la formation scolaire et l'éducation du
jeune Gabriel, les
listes des élèves des collèges de
Valenciennes manquent, mais, à en juger par
ses travaux divers et sa connaissance des lettres, son
éducation a dû être
l'objet d'un soin particulier.
Très jeune, il
montre des dispositions pour les études : « Il
avait reçu de la nature une
grande ardeur au travail, un penchant décidé pour
les sciences... Il était
laborieux, intelligent, doué d'une bonne santé et
d'une patience à toute
épreuve (sic) ».
Après ses études,
il devient secrétaire
d'un fonctionnaire de la ville puis
secrétaire de la Mairie de Valenciennes jusqu'à
sa retraite en 1832 (à 77 ans
!). Il fait preuve d'une grande curiosité intellectuelle. Ce
qui l'amène à
avoir de multiples centres d'intérêt. L'un de ses
domaines de prédilection est
l'étude de la flore et de la faune locales ;
« le goût le plus dominant
d'Hécart, bien qu'il ait embrassé presque toutes
les branches des connaissances
humaines, était celui des sciences naturelles. La botanique
surtout l'occupa
longtemps et utilement. Il herborisa avec soin et même avec
passion, dans tout
le Hainaut français et autrichien (2)
(sic) ». Sa carrière professionnelle se passe sous le signe des « affaires publiques ». Commis à la direction des fermes avant la Révolution, il est mis en réquisition en 1792 par le district et placé à la tête des bureaux réunis des domaines nationaux et des émigrés. Cette situation semble lui plaire, puisqu'on le retrouve en 1793 officier municipal lors du renouvellement du serment de fidélité à la République pendant le Blocus. On voit donc qu'il traverse sans encombre les aléas de la Révolution, servant les autorités aussi bien sous l'Ancien Régime que sous les gouvernements qui lui succèdent.
Les affaires dont il s'occupe sont
particulièrement représentatives de
l'intérêt qu'il porte à ce qu'on
appelle
aujourd'hui la « culture » ; en effet,
après avoir présidé la commission
chargée de distribuer des secours aux parents des
défenseurs de la Patrie, il
devient membre de la commission d'instruction publique. Deux fonctions
qui
correspondent très bien au caractère
« maçon »
qu’il a.
Secrétaire de la mairie à partir de l'an XI, et
ce, jusqu'en 1832, il semble que sa profession lui ait
laissé du temps,
à la fois pour entreprendre ses longues et nombreuses
recherches, et pour
s'occuper activement des multiples sociétés
auxquelles il appartient ; en l826,
en effet, il est secrétaire perpétuel de
l'Académie de peinture de
Valenciennes, membre de la Société des sciences,
commerce et industrie de la
même ville (à partir de 1815), de la
Société Royale des Antiquaires de France
(3), des sociétés d'Arras, Lille, Cambrai ; du
cercle littéraire de Lyon et de
plusieurs Académies étrangères. En
l788, il est, tout comme son frère,
d'ailleurs, un des nombreux correspondants du
célèbre secrétaire de
l'Académie
d'Arras, Dubois de Fosseux, ce qui montre que son
intérêt pour les lettres et
les sciences est de longue date (c'est en tant que naturaliste qu'il
écrit à
cette Académie).
Il est surtout
connu, à Valenciennes, par ses nombreux ouvrages qui font de
lui, d'après
l'Annuaire statistique du département du Nord de 1839,
« le doyen des hommes de
lettres du Nord ». Doué d'une puissance de travail
exceptionnelle, mais
également sans doute d'un certain loisir, il a
laissé quelques 17 imprimés et
une cinquantaine de manuscrits, selon les Manuscrits de l'auteur,
lettre à M. Lerouge,
publiée en 1828, nombre difficilement vérifiable,
en raison des pertes, qu'il
cite lui même (en particulier d'ouvrages écrits
avant la Révolution), et de la
dispersion de sa bibliothèque à sa mort. Il s'est
principalement consacré à trois domaines
privilégiés : les sciences naturelles
(et la médecine), les Belles-Lettres et la philosophie, et
celui que nous
pourrions appeler « des relations publiques ». Et
l'on peut constater, d'après
son œuvre combien un écrivain de la
première moitié du XIXe
siècle est
tributaire de l'esprit du Siècle des Lumières. Malgré la
diversité des thèmes, il règne une
certaine unité : ses écrits se situent dans
le cadre de la région et plus
précisément de la ville de Valenciennes. Il
représente bien le type du chercheur local
passionné par l'histoire de sa
ville, ses particularités mais aussi de plein pied dans son
époque ; ses
travaux, qui ont nécessité des recherches
très assidues (ainsi la Florula
Hannoniensis ou le Dictionnaire Rouchi), se présentent sous
la forme d'ouvrages
de référence, peu d'ouvrages d'«
inspiration » ou de littérature
: c'est avant tout un chercheur. Il admet d'ailleurs
lui-même que son style n'est pas extraordinaire... Il
entreprend ces recherches
dans un but essentiellement pratique : ses livres se
présentent sous la forme
de tableaux, de catalogues (sur la flore et la faune
hennuyères, sur le théâtre
de Valenciennes...) ou de dictionnaires (le Rouchi, les dictionnaires
d'anagrammes...). Ils se veulent véritablement ouvrages de
référence : voici son
commentaire sur son Tableau de la culture de toutes les plantes tant
indigènes
qu'étrangères : « Cet ouvrage qui ne
devait avoir qu'un seul volume in-8° afin
qu'il fût à la portée de tous les
jardiniers, et à un prix modique, renfermait
tout ce qu'il est utile de savoir sur cette
matière ». C'est un peu cet
état d'esprit qui a présidé la plupart
de ses écrits. C'est aux
sciences naturelles, et plus spécialement à la
botanique, qu’il consacre la
plus grande partie de son œuvre : dix ouvrages ont ce
thème pour sujet, et les
quatre plus importants ont été
publiés. Il donne une description et une
exposition de la flore du Hainaut, du mode de culture des
différentes plantes.
De même, pour aider à la compréhension
et donc dans le but finalement de
faciliter les recherches, il fait une Table alphabétique des
planches de
botanique composant les dix centuries de l'Encyclopédie
méthodique en 1811. Son second
domaine de prédilection est la littérature et les
Beaux-Arts, le tout mêlé à
l'histoire. Prenant toujours pour cadre sa chère ville
natale, il s'intéresse
particulièrement au théâtre, des
origines jusqu'au XVIIIe siècle, ne
se
penchant pas seulement sur les grands noms mais aussi sur des aspects
peu
connus, qui peuvent sembler des anecdotes mais qui montrent en fait
qu’il
balaie un champ assez large de l'histoire de sa ville. Il semble par
là encore
fils des Lumières. Après
s'être
intéressé aux grands noms de la
littérature hennuyère (il a aussi
rédigé une
Notice sur Jean Molinet), il s'occupe également des parlers
locaux, du patois.
Son Dictionnaire rouchi-français (le rouchi étant
le patois de la région), est
conçu dans la perspective de montrer que la langue
française, dont certains
déplorent la pauvreté, pourrait s'enrichir de
façon tout à fait bénéfique
de mots
patois. Dans un esprit
également de maniement de la langue, il se plait, un peu par
jeu, à écrire des
recueils d'anagrammes et autres jeux de mots. De même
s'intéressant aux lettres
anciennes (ce qui prouve aussi sa formation), il rédige une
Notice sur les
traductions françaises du Manuel d'Epictète en
1826. Il est un
domaine, enfin, dans lequel il excelle : c'est celui de la vie de la
ville et
de ses habitants. Secrétaire de mairie, grand connaisseur de
la ville du point
de vue historique, littéraire, mais aussi du point de vue de
ses habitants
contemporains, il écrit un certain nombre de biographies
d'hommes célèbres
(Éloge historique de Lestiboudois ; Portraits de quelques
officiers municipaux
de l'époque en 1793, et surtout Biographie valenciennoise,
en 1823), ou
d'hommes moins connus (Stultitiana...). Son active participation au
Journal des
Académies, continué par les Petites Affiches
prouve également son grand intérêt
pour les affaires contemporaines et la vie de sa ville. Une constante,
cependant, de sa personnalité, c'est son
caractère quelque peu « caché
», son
goût pour le mystère. Lui viendrait-il de la
franc-maçonnerie ? ou le
contraire ? Toujours est-il que l'on constate que son
œuvre n'est pas, de
façon très générale,
signée. Qu'il ait tenu à taire son nom pour ses
écrits
maçonniques se comprend aisément en ces temps qui
ne sont pas les meilleurs
pour la Franc-Maçonnerie (depuis la fin de l'Empire). Mais
le plus intéressant
est qu'il garde cet anonymat dans le cadre de ses travaux «
profanes » ; la
plupart de ses livres sont, en effet, signés « G.
A. J. H. * * * , jusqu'au
Dictionnaire rouchi 3e édition dont
il est si fier... Même dans le
petit fascicule destiné à faire
connaître tous ses ouvrages manuscrits, il ne
donne pas davantage son nom : « Manuscrits de l'auteur...
». Il fait don de
son fonds littéraire à la Bibliothèque
de Valenciennes. Ses différents ouvrages
sont consultables sur place, en particulier la manuscrit de la 4e
édition de son dictionnaire rouchi-français
qu’il n’a pas eu le temps de faire
imprimer ; ce manuscrit à lui seul ne constitue pas
le dictionnaire
entier, il ne contient que les corrections et les ajouts à
apporter à celui de
la 3e édition. Il faut donc faire une
compilation des deux, ce qui
est en train de se réaliser.
1.
- D'après A. Dinaux. Les parents de Gabriel, Jean-Jacques
Hécart et
Marie-Françoise Cogniaque, s'étaient
mariés à Valenciennes le 3 septembre 1737.
2.
- La Belgique était, jusqu'à la
Révolution française, sous domination
autrichienne. 3 - Elle a pour but l’étude de la civilisation des Gaulois, de l’histoire et de l’archéologie françaises.
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